C'est l'histoire d'une fille...

C'est l'histoire d'une fille...

Très tôt, elle a senti qu'elle était « différente ». En quoi, elle ne le comprenait pas. D'abord, on a cru que c'était parce qu'elle n'était pas née ici, qu'elle avait dû s'adapter à des langues, des coutumes, des environnements différents, qu'elle avait du mal à communiquer avec les autres enfants, qu'elle avait tous les atouts de la souffre-douleur... Malgré cela elle adorait l'école, tout en détestant l'uniforme obligatoire, la jupe sombre, la chemise au col raide qui grattait... A la fin de l'école primaire, elle a consciencieusement découpé aux ciseaux chacune des pièces de cet uniforme honni.

Mais à la puberté, c'est devenu pire. Elle, plutôt genre casse-cou peur-de-rien, qui adorait courir, plonger, sauter, s'est transformée en trouillarde maladroite, cauchemar des leçons de gym. Au lycée pour filles, pas d'uniforme, mais interdiction du pantalon même par les plus grands froids. En jupe elle se sentait comme « déguisée ». Mais ce n'était qu'un détail de son mal-être général, de sa difficulté de contact avec les autres, auxquelles elle aurait tant voulu ressembler.... Son adolescence a été une suite de médecins et de psys... aux « conseils » des plus farfelus, jusqu'à un an de régime sans sel, on ne vous dit pas le pied en colonie de vacances ! Autant dire que ça ne changeait rien. Ils ont tout essayé...

 

Mis à jour (Vendredi, 03 Juillet 2015 11:41)

 

Camarade dominant/e

C'est un joli nom, camarade (1). C'est un vilain mot, « dominant/e ». Comment peut-on associer ces deux termes ? C'est simple : parce qu'on peut être « camarades » dans certaines luttes tout en faisant partie des « dominant/e/s » sur d'autres plans. On peut même être à la fois « dominant/e » ET néanmoins camarade de combat, même si cela demande une certaine flexibilité... et beaucoup de modestie.

 

L'alliée idéale

Le 28 juin dernier avait lieu à Bruxelles (après Paris) une journée de rencontres sur le thème de l'intersectionnalité, ce terme un peu compliqué qui analyse des questions de genre, de race et de classe non pas comme des sujets, des dominations et des luttes séparés, mais dans tous leus croisements et leurs interactions. La première table ronde, consacrée à la représentation des femmes racisées dans les médias et ouverte à tou/te/s, était passionnante. La suite paraissait tout aussi prometteuse, mais était réservée "aux personnes racisées (c’est-à-dire non-blanches) afin qu’elles puissent profiter de ce moment rare pour parler et échanger sur leurs expériences personnelles et stratégies face au racisme et s’entraider sur des sujets auxquels elles sont confrontées dans leur vie et construire ensemble" (2).

Je n'ai donc pas pu y assister. Et j'ai pensé à toi, camarade dominant homme, tellement frustré quand des femmes organisent des activités non mixtes. A toi le camarade sincère du moins, pas à tous ceux qui ne meurent d'envie de participer que quand ils sont exclus, mais qu'on ne voit jamais dans les activités mixtes... J'ai pensé à toi parce que bien sûr, j'étais frustrée. J'étais frustrée de toutes les choses que j'aurais pu entendre, comprendre, partager, j'étais frustrée de ma solidarité, alors que j'étais prête à me taire, juste à écouter et nourrri ma réflexion – contrairement à toi, camarade homme, qui as si souvent tendance à vouloir expliquer aux femmes ce qu'est le « vrai féminisme »... J'étais une « bonne alliée », l'alliée idéale, en fait, et pourtant exclue !

A ce point de lecture, camarade dominant, tu te dis que j'exprime une révolte, un sentiment d'injustice. Eh bien non ! Bien que faisant moi-même partie de ces « minorités dominées » (en tant que juive, en tant que lesbienne), je comprends parfaitement le besoin que l'on peut avoir de se réunir entre personnes vivant les mêmes réalités, celles des « minorités visibles ». Quand je me balade dans la rue, quand je me présente pour un emploi, je peux parfaitement cacher mes appartenances « dominées » (en dehors de mon sexe). La copine noire ou asiatique ne le peut pas, et ça fait une sacrée différence. J'ai beau l'écouter, faire appel à toute mon empathie, je ne partagerai jamais son vécu. Ce n'est pas un reproche, c'est un constat : que je le veuille ou non, que je les exerce ou non, j'ai des « privilèges » qu'elle n'aura jamais.

 

Non, tu ne sais pas...

La journée était organisée par le mystérieux « TMTC », « toi-même tu sais ». On ne peut mieux dire. Il y a ceux et celles qui « savent », pas par des lectures ou par l'écoute des autres, non, dans leurs tripes, et ceux et celles qui au mieux «entendent», mais ne « savent pas ».

Non, camarade masculin, malgré toute ta bonne volonté, tu ne sais PAS ce que c'est de subir ces regards dans la rue, qu'ils soient « admiratifs » ou moqueurs, sur ses seins, ses fesses, de calculer ses trajets pour éviter les lieux réputés « dangereux », de réfléchir à la façon de s'habiller non pas selon ses envies, mais selon les endroits que l'on fréquentera, tu ne sais pas ce que c'est que la crainte du viol, lancinante ou sourde, à moins d'avoir subi toi-même une agression sexuelle – tandis que la majorité des femmes le sentent au fond d'elles, qu'elles l'aient déjà vécu personnellement ou non.

Non, camarade hétéro, tu ne sais PAS ce que c'est de ne pas oser prendre la main de son/sa partenaire dans la rue, ni l'embrasser comme tu le fais sans réfléchir à ton privilège, et je ne parle même pas des violences ouvertes, des tabassages de gays ou des viols « correctifs » de lesbiennes. Pas plus que je ne sais, malgré tout mon intérêt et mon empathie, ce que c'est de vivre quotidiennement (chercher du boulot, prendre l'avion...) comme cet être « bizarre » dont l'identité officielle H/F ne correspond pas à l'apparence.

Camarade valide, tu ne sais PAS (et moi non plus d'ailleurs) ce que c'est de se retrouver devant un bâtiment inaccessible, d'ignorer un message pratique qu'on n'a pas pu entendre entendu, un obstacle qu'on ne peut pas voir ; tu ne sais pas le privilège incroyable que tu as d'aller et venir comme tu le souhaites, de pouvoir te débrouiller dans la plupart des situations parce que tu connais les codes et que tu peux compter sur tes jambes, tes oreilles et tes yeux.

Camarade aisé/e – même pas riche, juste capable de boucler tes fins de mois, juste avec un toit sur la tête et trois repas par jour – tu ne sais PAS (moi non plus d'ailleurs, ou du moins c'est très loin) ce qu'est la vraie pauvreté, l'angoisse de qui ne sait pas où dormir, que ce soit l'hiver ou l'été.

Tu ne le sais pas plus que je ne sais ce que c'est, viscéralement, d'appartenir à une minorité « visible », celle que l'on ne peut pas cacher, d'être en butte tous les jours aux regards (au mieux), aux insultes ou au coups (au pire), aux «contrôles au faciès», aux petites blgaues sans méchanceté intentionnelle et qui déchirent pourtant.

Si tu veux aider...

Alors, camarade dominant/e, je te suggère de réfléchir à tous ces privilèges dont tu ne te rends même pas compte, pas pour t'en culpabiliser – il n'y a pas de quoi, tu n'en abuses pas puisque tu es un/e camarade : ils sont là sans que tu n'aies besoin d'écraser personne pour les exercer. Je ne te demande pas d'y renoncer – ça ne servirait à personne. Il suffirait juste de les reconnaître, de ne pas faire semblant de « partager » le sort de ces autres qu'on ne te demande pas non plus de plaindre – c'est inutile. Juste de leur laisser la parole, les écouter même si tou/te/s ne disent pas la même chose, respecter leurs choix même s'ils sont contradictoires, ne pas considérer comme une « chamaillerie » ou une incapacité de savoir ce qu'on veut ce qui, dans ton monde dominant à toi, accède au noble de statut de « débat ». Je te demande de les prendre au sérieux et si tu veux vraiment être solidaire, de les soutenir, de les accompagner – ou de les laisser tranquilles si tel est leur souhait, sans t'indigner de ton « exclusion ». Si tu te bats avec eux/elles, de leur laisser le choix des armes. Si tu veux les aider à se faire entendre, leur laisser la parole, même si tu penses que tu as les meilleurs arguments du monde.

Et à toi qui cumules les avantages, je ne te demande de t'excuser d'être homme, blanc, hétéro, valide. Juste de savoir que tu ne représentes pas un quelconque « universel » mais une particularité parmi d'autres et même, oui, une minorité. A toi de voir si tu veux maintenir cette « oligarchie » au pouvoir ou si tu veux te battre pour une société ouverte et inclusive. Si tu es un/e vrai/e camarade.

 

(1) Comme le chante Jean Ferrat : http://www.dailymotion.com/video/x5oepy_jean-ferrat-camarade_music

 

(2) Les infos sur cette journée : www.itmc.org

Je vous recommande aussi la revue « Assiégées » dont le premier numéro vient de paraître, qui se définit comme un « projet politique porté par des personnes issues des 'anciennes' colonies européennes ».

Mis à jour (Mardi, 30 Juin 2015 10:48)

 

Les crimes des autres

Après avoir écouté et lu les un/e/s et les autres, je reste sur mon impression première : « l'affaire Mahinur Ozdemir » me laisse perplexe, sinon mal à l'aise. 

D'un côté, la « frilosité » (pour le dire gentiment) de certain/e/s élu/e/s d'origine turque à reconnaître le génocide des Arméniens relève d'un réflexe nationaliste étroit (pléonasme). Outre mes convictions politiques, mon histoire personnelle de fille de déportés, dont la plus grande partie de la famille a été assassinée par les nazis, me pousse à prendre toute forme de négationnisme, de la plus grossière à la plus « subtile », comme une blessure personnelle. Comme l'a si bien exprimé Henri Goldman sur Facebook, « Je ne peux pas considérer la reconnaissance du pire des crimes comme une petite affaire secondaire. Peut-être est-ce une faiblesse, mais quand Charles Aznavour chante "Moi, je suis de ce peuple qui dort sans sépulture", c'est de moi et des miens qu'il parle aussi ».

D'un autre côté, je reste tout de même assez sidérée par les proportions que prend cette affaire... sachant que la Belgique elle-même n'a pas officiellement reconnu le « génocide » comme tel, à commencer par son ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, qui a déclaré qu'il ne lui « semble pas opportun que d’autres instances, législatives ou exécutives, se substituent au pouvoir judiciaire pour reconnaître un génocide » (1). Aux dernières nouvelles, il n'a toujours pas été exclu du MR. Et que dire du lamentable épisode de la « minute de silence à la carte » au Parlement bruxellois...

Aujourd'hui, la Belgique découvre soudain la nécessité de se hâter (mais lentement) vers une reconnaissance officielle, en donnant la désagréable impression qu'il s'agit moins de rendre justice aux Arméniens que d'obliger nos compatriotes d'origine turque à faire un choix entre « nos » valeurs et celles supposées de leur "pays d'origine" (2).


Mis à jour (Jeudi, 04 Juin 2015 08:17)

 

Même pas peur !

 

En cette fin juin, le journal « Même pas peur ! » sortira son deuxième numéro.

Un nouveau titre dans la presse en Belgique francophone ? Il fallait oser, « Même pas peur », en effet ! Voilà qui méritait au moins ma curiosté (d'autant que je connais plusieurs des initiateurs). Le thème aussi avait tout pour m'attirer, moi qui en matière de marxisme, me situe plutôt du côté du gendre Lafargue et son « Droit à la Paresse » que de celui du Manifeste du Parti Communiste de beau-papa Karl : « Pour en finir avec le travail ».

Certes, d'autres aspects m'enthousiasmaient moins : d'abord, en général, une certaine méfiance vis-à-vis d'une presse satirique qui fait rarement la différence entre se moquer des puissants et ridiculiser celle/celui qui est déjà à terre ; ensuite, dans ce cas précis ,une rédaction masculine en proportion écrasante (1) et une couverture qui me donne envie de tourner les talons : on y voit en effet des usines fumantes derrière un portillon annonçant « Le travail rend libre », traduction du « Arbeit macht frei » que l'on associe immédiatament à Auschwitz. J'ai beau penser le pire du travail tel qu'il est organisé dans nos sociétés, et pire encore de ceux qui le détruisent pour s'en mettre plein le compte en banque, Mittal n'est PAS Hitler ni Arcelor un camp de tavail (pour ne rien dire d'un camp d'extermination). Pour enfoncer le clou, on retrouve dès l'édito l'allusion à « la nouvelle étoile de David sure l'on colle sur le manteau du sans emploi », des fois qu'on n'aurait pas compris le message (2).

Mais bon, comme on dit à la RTBF, « restons curieux/se ». Et aussi, comme d'habitude... totalement subjective (même pas peur !).

Mis à jour (Jeudi, 18 Juin 2015 09:37)

 

POUR : l'autre résurrection de J.C.

L'information courait depuis quelque temps sur les réseaux sociaux, mais voilà, ça y est : dès ce 30 mai, on verra apparaître dans les librairies et le réseau associatif un drôle de revenant, le journal POUR, disparu après un incendie de ses locaux orchestré par l'extrême-droite en 1981.

POUR, même graphisme, même sous-titre (« pour écrire la liberté »), fièrement baptisé « n°1 », ce qui indique à la fois qu'il y en aura d'autres... et que la filiation avec le passé n'est pas évidente (mais ça, c'est sans doute inconscient).

Et c'est le moins que l'on puisse dire. POUR des années 1970 était un hebdo de la « nouvelle gauche », basé sur un journalisme d'intervention, de participation, qui faisait confiance aux « intelligences citoyennes » (comme on dit aujourd'hui), qui voulait offrir une vitrine aux luttes plutôt qu'à la parole des experts. On peut regretter des naïvetés, des dérives – la sous-estimation des crimes commis par les Khmers rouges me paraît rétrospectivement l'une des pires – on peut penser que les querelles internes, ou la tentative de se transformer en organisation politique, ont asséné au journal des coups aussi mortels que l'incendie. Il n'empêche, ce fut une belle aventure, sociale, culturelle et humaine. Ce fut aussi ma vie durant six ans.

 

Mis à jour (Vendredi, 29 Mai 2015 16:35)

 
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