L'intégration pour les Nuls

Les Belges de souche parlent aux Belges de souk*....                                                                                        (valable aussi pour les (non)Belges  des caravanes, des déserts, des bidonvilles, ...)

 Chers candidats belges, de séjour sinon de nationalité, car être belge ça se mérite tous les jours.... (1)

Bienvenue dans notre beau pays de cocagne qui, nous vous le disons tout de go, n'a guère les moyens de vous accueillir toutes et tous, ayant déjà dû ouvrir largement ses portes et son portefeuille à des nécessiteux en rade nommés Dexia, Fortis et autres KBC...

Néanmoins, pour les plus obstinés d'entre vous, voici une brève présentation des us et coutumes de ce lieu où vous aimeriez poser vos (maigres) bagages, des fois que vous n'auriez pas préparé votre voyage en apprenant par coeur le Guide du Routard, comme nous-mêmes avons l'habitude de le faire avant de boucler notre sac à dos.

 

Mis à jour (Vendredi, 08 Juin 2012 12:17)

 

Les effets dévastateurs de "la Pensée et les Hommes"

Peut-être ne connaissez-vous pas « La Pensée et les Hommes », l'émission de « philosophie et de morale laïque » de la RTBF : si vous n'habitez pas en Belgique, si vous ne regardez pas la télé (mais l'émission existe aussi en version radio) ou si, tout simplement, vous refusez de jeter ne serait-ce qu'un oeil sur l'un des monuments les plus ringards de la télé belge (1). Un immuable entretien en face à face avec un immuable intervieweur, l'indéboulonnable Jacques Lemaire, avec qui j'avais déjà eu maille à partir lorsque je lui avais reproché des mois de programme sans la moindre femme invitée, même dans une discussion consacrée aux violences conjugales (octobre 2010) ! Je ne savais pas, à l'époque, quelle chance nous avions de bénéficier de son indifférence.

Mis à jour (Samedi, 02 Juin 2012 10:08)

 

Ridiculus Causa

 

Peut-être n'avez-vous jamais assisté à une remise d'insignes de Docteur Honoris Causa, avec toge et petit chapeau noir délicatement posé sur crâne dégarni, orchestre et discours en latin. Pour moi, c'était la première fois ; je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager mes surprises, mes émotions et mes fous-rires (ou presque).

Mis à jour (Samedi, 02 Juin 2012 10:15)

 

Quelques moments avec Angela Davis


Donc, le 14 mai, Angela Davis recevait les insignes de Docteure Honoris Causa de l'Université Libre de Bruxelles. J'en parle dans mon texte précédent comme d'une « Ridiculus Causa ». Un mot encore là-dessus. On peut considérer que c'était là une belle occasion de l'honorer et mieux encore, de la rencontrer, de la faire connaître aux jeunes générations. C'est vrai. Il reste que cette capacité de récupération des anciens « rebelles », pourvu qu'ils se soient assagis (ce qui n'est pas son cas), ou qu'ils vivent et se battent dans des contrées éloignées, a quelque chose de crispant. Car cette même université qui glorifie les « empêcheurs de tourner en rond » n'hésite pas à qualifier de « fasciste » ou de quasi « terroriste » une action de chahut qu'on peut trouver stupide, contre-productive, mais qui ne mérite certainement pas la « sanction exemplaire » qu'on lui promet. Elle honore une militante qui soutient une cause – le boycott d'Israël – interdite au sein de cette même université. Il ne s'agit pas là de simples « désaccords », légitimes en démocratie, mais de diaboliser d'une main ce qu'on honore de l'autre. Peut-être est-il permis d' « empêcher de tourner en rond » mais pas en carré ou en triangle...

Mis à jour (Lundi, 21 Avril 2014 08:35)

 

Après la Gay Pride, un peu de gay modestie ?

 

Si quelque chose a changé en Belgique pour les gays et les lesbiennes, plus que le mariage, plus que le droit d'adopter, c'est la façon dont les grands médias parlent d'homosexualité et d'homophobie. En dénonçant les agressions, en montrant une image moins caricaturale de la Gay Pride, en présentant sans hostilité des familles homoparentales... Un coup de pouce précieux contre des préjugés qui sont encore trop répandus.

Ce qui n'a pas changé, par contre, c'est l'invisibilité des lesbiennes dans ces mêmes médias.

Le meurtre d'Ihsane Jarfi a sans doute contribué à secouer les consciences, même si certains en profitent pour insister sur l'homophobie des « allochtones »... alors que justement, Ihsane était d'origine marocaine et ses agresseurs pour la majorité « bien de chez nous ». Le racisme mange vraiment à tous les râteliers, même les plus pourris.

Mais comment se fait-il qu'on n'ait guère entendu parler - ou si peu ! - de cette jeune fille de Virton battue et violée par son père qui, découvrant son homosexualité, voulait lui apprendre ainsi les joies du droit chemin (1) ? Le père vient d'être condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, mais voilà une histoire qui n'a guère conscientisé les esprits quant aux spécificités de la lesbophobie. Violer une lesbienne n'a apparemment pas la même gravité que « casser du pédé » . Et qu'on ne dise pas que c'est exceptionnel. Les « viols correctifs » sont tellement « communs », en particulier dans un pays comme l'Afrique du Sud, que le terme a les honneurs de Wikipedia (2). Et si chez nous le phénomène semble très rare, c'est qu'il est extrêmement difficile pour des lesbiennes d'aller trouver la police ou la justice pour des agressions quand, en plus, elles se passent dans la sphère privée et sont le fait d'un proche. On sait que plus généralement, les cas de viol sont largement sous-estimés – des études avancent le chiffres de 10% de plaintes seulement. Il ne faut pas oublier que dans le premier grand procès pour viol en France, en 1978, les victimes étaient un couple de lesbiennes auxquelles des voisins de camping voulaient donner une bonne leçon (3).

Le « lesbian raping » est donc bien moins visible que le « gay bashing », ce qui n'a rien d'étonnant quand on constate l'absence de lesbiennes - ou de femmes en général d'ailleurs – parmi ceux qui parlent de la situation des homosexuel/le/s. C'est d'ailleurs plus largement le cas de la lesbophobie, qui n'est pas réductible à l'homophobie.

Le 9 mai, la FGTB lance une campagne contre l'homophobie au travail : quatre orateurs, quatre hommes. Certains ont beau évoquer les « lesbigays », pas un mot de la spécificité de la lesbophobie. Former les délégués à repérer et combattre l'homophobie est une excellente initiative, à condition de ne pas oublier la moitié de la population – et des travailleur/se/s.

Le 13 mai, les débats dominicaux, aussi bien sur la RTBF que sur RTL, sont consacrés à l'homophobie. Et comme d'habitude, les plateaux sont squattés par des hommes : témoins, représentants d'associations ou... des religions, ils tiennent, bien sûr, des discours « universels ». Une seule femme sur les deux plateaux, la ministre de l'Intérieur et de l'Egalité des Chances, Joëlle Milquet, qui ne s'émeut guère de ce déséquilibre. Pas plus que les autres invités, pour qui l'invisibilité des lesbiennes n'est apparemment pas un problème (4).

Il y a là une forme d'arrogance gay, poussée à son comble lors d'un chat organisé par l'hebdomadaire le Vif le 11 mai (5). Là, les interlocuteurs sont deux, un homme et une femme, Jean-Jacques Flahaux et Zoé Genot. Et JJ Flahaux a cette phrase incroyable : « Le plus important est le grand soutien des femmes, car elles comprennent que leur combat est lié à celui des gays ». Voilà, c'est aux femmes de comprendre, par exemple quand le même Flahaux soutient la « gestation pour autrui » sans se demander une seconde ce qu'en pensent les gestatrices présumées. Les femmes « comprennent », en effet, ce qui n'est pas le cas des gays, malgré tout ce que le féminisme a fait pour déconstruire les normes de genre. A de rares exceptions près, les gays ne soutiennent guère les combats des femmes, ni pour l'égalité des salaires, ni contre les violences qui leur sont faites, ni pour l'individualisation des droits – non, ils ont préféré revendiquer le mariage, avec ses droits dérivés et ses privilèges !

Au fait, la Gay Pride s'est rebaptisée « Belgian Pride ». Histoire de faire place aux « autres », lesbiennes, bisexuel/el/s, transgenres, intersexes... ? Pas du tout : pour montrer son ouverture aux hétérosexuels. Et je mets volontairement ce terme au masculin, parce qu'homos, hétéros, même combat : comme le mâle est censé représenter l'entièreté de la condition humaine, le gay prétend résumer la condition homosexuelle.

Alors, amis gays, une suggestion : après la gay pride, un peu de gay modestie, ça ne ferait pas de mal. Pas pour retourner vous cacher : simplement, vous rendre compte qu'il y a des placards encore plus profonds que les vôtres et que ,pour qu'ils puissent s'ouvrir, il vous faudra quelquefois accepter de ne plus prendre toute la place. Nous ne lutterons que mieux ensemble, vraiment ensemble.

 

 

  1. http://www.tetu.com/actualites/international/belgique-battue-et-violee-par-son-pere-parce-quelle-etait-lesbienne-21512

  2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Viol_correctif

  3. Voir par exemple http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/gisele-halimi/

  4. Contactés sur Facebook, certains participants m'ont assuré avoir fait la remarque aux journalistes : dommage qu'ils ne l'aient pas répété pour les spectateurs/trices. Un autre a reconnu et regretté un certain machisme gay

  5. http://www.levif.be/info/actualite/belgique/homosexuels-non-a-la-dictature-du-tous-dans-le-meme-moule/article-4000094018470.htm

 

 

Mis à jour (Lundi, 14 Mai 2012 07:07)

 
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