"Mais un jour la terre s'ouvre..."

Chaque année c'est pareil.

A l'approche du 8 mars, les médias font mine de découvrir ce que les féministes ne cessent de crier dans le désert : les inégalités salariales, la précarité majoritairement féminine, le plafond de verre et le plancher collant, les violences impunies, les menaces contre le droit de choisir sa vie, sa sexualité, le partage déséquilibré des responsabilités familiales et des tâches ménagères... Ah bon, ça existe encore ? Qui l'eût cru !

Le reste de l'année, le message officiel est tout autre : dans nos pays occidentaux, l'égalité entre hommes et femmes est une valeur-phare, tellement essentielle qu'il nous faut bouter illico hors de nos frontières ces barbares qui ne la respectent pas en voilant leurs femmes sans même les étourdir avant (à moins que ce ne soient les moutons). Et tant que nous y sommes, boutons aussi leurs femmes : ici t'es égale ou t'es dehors, c'est bien compris... ?

Donc, le 8 mars, voilà le scoop : même chez nous, les femmes ne sont pas tout à fait les égales des hommes. Faudrait faire quelque chose, non ? En tout cas, mettons la question à l'ordre du jour, au moins jusqu'au 8 mars à minuit.

Quoique, bien sûr, nous aurons aussi ces grincheux qui, sans oser dénoncer le principe bien abstrait d'égalité, vont nous seriner leurs habituelles rengaines : est-ce que ce n'est pas un peu dépassé, cette journée des femmes ? Quoi, des quotas pour les femmes, mais quelle horreur, est-ce qu'il ne vaut pas mieux choisir simplement le plus compétent pour chaque poste, d'ailleurs regardez Mme Trucmuche, vous trouvez qu'elle fait du bon boulot... ? (il n'y aurait donc pas d'hommes incompétents aux postes de responsabilité... ?) Et puis quoi encore, vous allez nous priver de ces traditions charmantes, comme siffler les filles dans la rue, leur donner du « mademoiselle », payer la note au restaurant, leur tenir la porte - autant d'hommages qu'on n'aurait plus le droit de leur rendre ? En d'autres mots : vous voulez que les femmes soient comme des mecs, c'est ça ?

... Ben oui, c'est un peu ça :

on veut qu'elles soient décemment payées ;

qu'elles aient le droit de sortir à toute heure et en tout lieu sans qu'on les considère comme des corps à disposition ni qu'on leur reproche leur imprudence, voire leur « provocation » ;

on veut qu'elles puissent lire le journal en rentrant du boulot en ligne droite, sans avoir dû aller chercher les gosses, faire les courses et s'occuper du repas, au moins un jour sur deux ;

on veut qu'elles puissent avoir des amants et des amantes sans se faire traiter de putes, et d'ailleurs que les putes ne soient pas non plus traitées de putes avec ce pincement des lèvres des gens convenables, et que ceux qui ont besoin de déverser leur mépris aillent plutôt lorgner du côté des clients (1) ;

et puis tant qu'on y est on veut aussi dynamiter ces catégories d' « homme » et de « femme » qui nous coulent dans des rôles préétablis et hiérarchisés, et pusiqu'on en est à dynamiter, garder des munitions pour les bases de ce monde inégalitaire - inégalités de genre, de classe, d'origine...

Alors mesdames, mes amies, mes camarades de lutte – pas mes « soeurs », terme qui m'évoque soit la religion, soit la famille, deux institutions dans lesquelles je ne me reconnais pas - souvenons-nous que nous sommes belles et rebelles, fortes et résistantes, parfois victimes mais bien décidées à ne pas le rester.

En ce jour de lutte des femmes - et non de « fête »  ni de « LA femme » - permettez-moi de nous offrir cet extrait d'une chanson que je considère comme le plus bel hommage aux femmes, cette « Sorcière comme les autres » de Anne Sylvestre :

« J'étais celle qui attend / mais je peux marcher devant / J'étais la bûche et le feu / L'incendie aussi je peux / J'étais la déesse mère / mais je n'étais que poussière / J'étais le sol sous vos pas / et je ne le savais pas / Mais un jour la terre s'ouvre / Et le volcan n'en peut plus / Le sol se rompant découvre / des richesses inconnues / la mer à son tour divague / de violence inenemployée / Me voilà comme une vague... / Vous ne serez pas noyés »

 

(1) Je précise cependant que je ne me retrouve pas dans la position « abolitionniste » et que je ne soutiens pas l'idée d'une pénalisation des clients – mais ceci est un autre débat.

 

Mis à jour (Mercredi, 07 Mars 2012 15:42)

 

Objection de conscience

Quelquefois, la sagesse commande de ne pas participer à un débat ; on s'offre le cadeau de prendre de la distance, de ne pas donner son avis ou même, luxe suprême, de ne pas en avoir. Pas assez clair en tout cas pour qu'il vaille la peine de l'ajouter aux dizaines et aux centaines d'autres opinions sur le sujet du jour, de celles qui tranchent entre le juste et l'inacceptable, les bons et les méchants, les alliés et les ennemis.

Telle est l'attitude que j'aurais aimé avoir suite aux événements du 7 février à l'ULB, où un groupe de chahuteurs a mis prématurément fin à la conférence de Caroline Fourest venue présenter son dernier livre consacré à Marine Le Pen. Hélas, mes sages résolutions se sont révélées difficiles à tenir : les diabolisations réciproques sont telles que le seul fait de refuser de se situer dans l'un des deux camps exige à lui seul une explication. Je l'ai écrit et je le répète, j'estime l'action des saboteurs imbécile et (dramatiquement) contre-productive. En attestent les pseudo débats qui ont suivi, dénonçant une fois de plus un « islamisme radical » bien commode, alors même que les chahuteurs n'étaient ni « islamistes » ni même, pour certains, simplement musulmans. Et Caroline Fourest a reçu là une publicité dont elle n'aurait pas pu rêver, pour ses positions en général et son livre en particulier.

Mis à jour (Samedi, 03 Mars 2012 15:30)

 

Jour de grève

Les médias nous l'annonçaient : la majorité des Belges étaient opposés à la grève de ce lundi 30 janvier dont, par ailleurs, les éditorialistes ne cessaient de nous expliquer l' « absurdité ». Que des économistes aussi sérieux que  le prix Nobel Joseph Stiglitz (1) répètent que non seulement les politiques d'austérité ne sont pas les « seules possibles », mais pas des plus appropriées ou même carrément nuisibles, ne semble guère troubler ces porteurs de l'unique vérité.

Déjà fin 2011, la presse belge avait réagi avec hostilité à la grève du 22 décembre, comme l'analysait l'excellent site Acrimed (2) : « Grève en Belgique : haro sur les grévistes et les syndicats ». Cela ne vaut guère mieux en ce qui concerne le mouvement de ce 30 janvier.

Depuis des jours, en effet, on nous annonce que cette grève n'a aucun sens, que les Belges la rejettent massivement, que tout cela ne servira à rien, avec un coût exorbitant pour notre économie. On était presque étonnée que dans le Soir, un article du vendredi 27/1, intitulé « Que faire pendant la grève ? », suggère, parmi bien d'autres possibilités, celle... d'y participer. Il est vrai que l'audace est signée d'un stagiaire et bien encadrée de leçons de morale sous la plume de journalistes autrement « sérieux ».

Mis à jour (Mardi, 06 Mars 2012 23:47)

 

Une couverture en laine c'est bien, une couverture sociale c'est mieux

Depuis ce matin 7 février, la radio-télévision belge francophone (RTBF) a lancé une « grande opération de solidarité pour venir en aide aux plus démunis ». Un call-center propose de recueillir toutes les propositions d'aide et de mettre en relation ceux qui ont quelque chose à offrir et ceux qui ont besoin de tout : d'un toit, de nourriture, de chauffage. Comme c'est souvent le cas dans ce genre d'opération, ceux qui n'ont pas grand chose sont invités à le partager avec ceux qui n'ont rien (même pas, peut-on supposer, de quoi appeler un numéro qui n'est pas gratuit !) . Puisque ceux qui ont beaucoup, eux, menacent toujours de le planquer à l'étranger si jamais on leur force la main ; à la rigueur, ils veulent bien choisir de « donner », alors que, s'ils payaient simplement leur dû, beaucoup de problèmes seraient résolus... Apprécions d'ailleurs les termes employés : « les plus démunis ». Il ne suffit d'être « démuni » (et surtout, pas question de se demander qui démunit qui ni comment), il faut l'être « plus ».

Il ne s'agit évidemment, pas de dénigrer l'élan de la population ni le travail des organismes et associations qui, tout au long de l'année, font ce qu'ils peuvent pour venir en aide à ces « inadaptés sociaux » chers à notre ministre de l'Emploi (1). Il paraît que, statistiquement, le pourcentage de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est stable, bien que les CPAS, les Restos du Coeur et les abris de nuit soient souvent débordés, et plus encore lorsque l'hiver s'installe. Il faut croire qu'il ne suffit pas de franchir ce seuil pour avoir accès à une vie décente...

Mis à jour (Mardi, 06 Mars 2012 23:48)

 

Les chômeurs par le collier

Dans la série du papillon qui bat de l'aile, je vous avais promis une analyse des droits dérivés. Mais l'actualité a changé l'ordre de mes priorités...

 

« Quand on prend les gens par le collier, on peut les activer ». Voilà une déclaration fracassante, bien digne du « budget viril » annoncé par Elio Di Rupo lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement belge. On pourrait penser que dans un pays libre, les gens n'ont pas de « collier », même pas les chômeurs. Pas encore. Mais peut-être que Monica De Coninck, auteure de cette affirmation, qui paraît-il ne maîtrise pas parfaitement le français, voulait dire « prendre par les couilles ». Bon d'accord, c'est très bas comme suggestion de la part d'une féministe...

Donc, en Belgique, nous avons une nouvelle ministre de l'Emploi. Une femme (j'en vois qui ricanent au fond de la salle). Socialiste (y en a qui gloussent sans se gêner). Dans un gouvernement dont le premier ministre est lui aussi socialiste, même si la coalition au pouvoir comprend les partis libéraux, flamand et francophone - perdants des dernières élections, rappelons-le.

Donc, cette ministre de l'emploi, Monica De Coninck, a présenté ses projets pour lutter contre le chômage (1). Ce qui, ces dernières années, revient à lutter d'abord contre les chômeurs. Avec Mme De Coninck, voilà une tendance qui ne risque pas de s'inverser. Au contraire, elle va s'aggraver.

Mis à jour (Mardi, 06 Mars 2012 23:47)